vendredi 7 décembre 2012

Peut-être que vous avez regardé fixement l'eau d'une rivière.

Il y avait quelqu'un près de vous qui vous aimait. On allait vous toucher. Vous l'avez senti avant que cela n'arrive. Et puis c'est arrivé. C'est ça, mon nom. 
Je me considère parfois comme une sacrée veinarde. 
Bien sûr, pour les gens de ma génération, surtout les femmes, il y a eu des combats durs à mener, et je me souviens très bien de l'époque où j'avais le droit de voter mais tout juste: pas tellement le droit de prendre des décisions sans l'accord de mon père ou de mon mari, d'ouvrir un compte ou de décider si j'ai envie d'avoir un enfant ou pas.
Et je suis ravie, même s'il y a encore des progrès à faire et si on a encore besoin du féminisme, je suis quand même bien contente de voir que les femmes ont, de plus en plus, la liberté de disposer de leur vie et de leur corps comme elles le veulent. 

Mais ma chance, comme pour toutes celles et tous ceux de ma génération, a été de connaître une flopée d'écrivains et de musiciens de génie, de leur vivant. Dans ma jeunesse, j'ai plongé corps et âme dans cette culture qu'on a qualifiée plus tard comme étant celle de la "Beat Generation". 
La génération battue- béate, je n'ai jamais vraiment cherché à déterminer lequel des deux termes nous a caractérisé le plus, parce que je crois qu'aucun des deux, au final, ne nous allait. 
Mais qu'importe. 

Pour ce que je vais vous raconter, il faut savoir qu'au Château du Colombier, il y a un étang. D'après ce que mes historiens de fille et de copain-de-ma-fille m'ont dit - et ont raconté aux Journées du Patrimoine - au XIX° siècle, l'étang en question était deux fois plus grand. 
Même s'il est de taille plus petite aujourd'hui, j'aime bien aller m'asseoir près de cet étang, en plus il y a une espèce de petite terrasse aménagée avec des chaises longues - oui, maintenant je vais aussi au Colombier pour regarder un étang parce que les proprios sont des copains, na na nère - c'est calme, reposant, et joli. 
Quand je vais au bord de l'étang, je ne peux pas m'empêcher de penser à ce livre:
 ça, c'est l'édition plus récente qu'on trouve partout. On a racheté celle ci parce que c'est toujours bon d'avoir un Brautigan manipulable sous le coude, on a moins de scrupules à le prêter à des amis avec la peur de le perdre et/ou de le voir abîmé.
Mais mon édition à moi que j'avais à l'époque, c'était celle là:
 Je n'ai jamais pu m'empêcher de trouver cette édition super classe. 
Allez savoir pourquoi. 

Et puis, évidemment, ce petit lac me rappelle ceci:
(Essayez, juste pour voir, de lire un bout de Sucre de Pastèque, ou de La Pêche à la truite en Amérique en écoutant cette chanson. Effet garanti). 

Évidemment, le week end de l'exposition, je n'ai pas pu m'en empêcher. Je suis allée voir l'étang. Sauf que ce matin là, je n'étais pas la seule. 
Deux petits garçons, je dirais fin primaire début collège, qui étaient là pour pêcher, avec le plus grand sérieux. 
J'ai été une mordue de pêche pendant des années, avant que des problèmes personnels et mon état de santé ne me l'interdisent. Je n'ai pas pu m'empêcher de regarder leur matériel, sans y toucher, bien sûr. De voir comment ils s'y prenaient, ce qu'ils utilisaient. J'étais épatée par leur application, leur minutie, leur concentration. 
Je ne sais pas s'ils sont pareils à l'école où si on leur dit "si tu consacrais autant de temps à tes devoirs qu'à la pêche...", parce qu'à mon avis, ils ont appris dans la plus belle école qui soit. 
Je leur ai demandé si la pêche était bonne. L'un d'eux a hoché la tête, et pendant que son camarade me répondait que oui, pas mal, ça allait bien, il a filé chercher quelque chose. J'ai d'abord cru que je l'ennuyais et qu'il voulait me faire comprendre qu'il n'avait pas que ça à faire, répondre à mes questions. 
Mais pas du tout. 
Il a bondi à côté de moi quelques secondes plus tard: s'il était parti sans un mot, c'était pour aller chercher son appareil photo pour me montrer leur prise du matin, et il m'a montré, tout fier, leur carpe de deux kilos et les brochets dont j'ai oublié le poids, m'expliquant avec une soudaine volubilité ce qu'ils avaient fait depuis le matin. 
-Et qu'est-ce que vous en avez fait, de vos poissons?, j'ai demandé
-Bah, on les remet à l'eau!

Tout simplement. 
Des petits garçons capables de sortir un poisson de l'eau, de lui retirer son hameçon sans un accroc et de le remettre vivant à la flotte, moi, ça m'épate. 
J'irais même jusqu'à dire que ça me rend vraiment, et pleinement, très heureuse. 

 

5 commentaires:

  1. Oui, décidément, j'aime bien comme tu racontes... Tes enfants, je les vois... :)
    Mais je ne connais pas ce livre.

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    1. Merci! Parfois je manque d'inspiration pour la petite histoire que je veux mettre en place pour accompagner mes photos. Mais là, je ne pouvais pas passer à côté de ces petits garçons, ils étaient tellement adorables!
      Pour Richard Brautigan, l'avantage, c'est que ça peut se lire très rapidement. Le désavantage, c'est qu'il n'y a pas de demi mesure: soit on adore, soit on déteste. Donc j'hésite parfois à le conseiller (imagine que tu le lises, que tu détestes, et que tu me détestes ensuite. J'en serais fort triste).

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  2. Si je devais détester tous ceux qui m'ont conseillé des livres que je n'ai pas aimés, je serais mal ! Quant à la musique, c'est encore pire. :)
    Et si ça se lit vite, je prends le risque. Pas comme si c'était un gros pavé qui me regarde avec reproche chaque fois que je passe devant, et dont j'ai lu 5 pages. Celui là, si je ne l'aime pas, je pourrai le cacher. Ou l'offrir ! :D

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  3. J'ai acheté le livre, c'est encore une autre couverture. Elle représente une fille qui pêche en maillot de bain. Ca doit être ça, l'évolution.
    Je ne l'ai pas encore ouvert, une série à finir d'abord. :)

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    1. Damned! Serait-ce un coup de marketing, un peu comme ces polars qui avaient une fille presque à poil sur la couv' pour inciter à l'achat?
      Enfin, ça dépend du maillot de bain de la fille. C'est plus un bikini ou plus une combinaison des années 20?

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